Le Professeur Moussa Diaw analyse, dans cet entretien, la guerre entre Israël et l’Iran. L’Enseignant-chercheur en Science politique à l’UFR des Sciences juridiques et politiques de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis décrypte aussi l’implication des États-Unis dans ce conflit et se prononce sur la position du Sénégal.
Israël a déclenché une guerre contre l’Iran. Que vous inspire les réactions notées à travers le monde après cette attaque ?
Les réactions sont nombreuses contre la décision d’Israël de déclarer unilatéralement la guerre à l’Iran. Malgré ces réactions spontanées, l’État hébreu persiste dans sa volonté de décapiter le régime iranien, en ciblant le guide religieux Ali Khomenei, et pense qu’il provoquera la chute du régime par l’atteinte de cet objectif. Il n’est pas sûr que cela puisse se réaliser. D’ailleurs, l’effet inverse risque de se reproduire par le soutien des populations haut dignitaire religieux en raison des conséquences de la guerre, notamment les dégâts collatéraux. Si Israël s’est lancé dans cette « guerre préventive », c’est parce qu’il est soutenu par son allié de toujours, à savoir les États-Unis dont le discours belliqueux à l’encontre du régime des Mollah a pris une autre dimension. En effet, le Président Trump s’est montré déterminé à soutenir l’action d’Israël par son implication militaire car ce dernier ne disposant pas de moyens lui permettant de venir à bout tout le dispositif nucléaire iranien.
Pensez-vous que les réactions sont assez musclées pour pousser l’État hébreu à respecter le Droit international ?
Le positionnement des États-Unis dans ce conflit montre, encore une fois, les paradoxes de Trump qui se faisait passer pour un faiseur de paix. Le droit international vient d’être foulé aux pieds par cette puissance mondiale qui appuie une guerre déclenchée, par procuration, pour des raisons de sécurité, dit-on ? Il est clair qu’Israël, tout comme les États-Unis, se montre réfractaire à la possession de l’arme atomique par l’Iran. Ainsi, son parrain américain mettra tous les moyens pour permettre à Israël de gagner la guerre à tout prix. En tout cas, un nouvel ordre mondial est annoncé dans lequel les États-Unis apparaissent comme les principaux acteurs. C’est une remise en question de la configuration de l’espace mondial et de la géopolitique du Moyen-Orient. On voit bien comment le système international est bloqué par le comportement de certains États, comme Israël, qui s’en moquent du droit international, car bénéficiant du soutien des États-Unis.
Le gouvernement sénégalais a sorti un communiqué pour s’indigner de cette guerre. Comment jugez-vous sa position ?
Comme la plupart des États qui sont attachés à la paix et au respect du droit international, le Sénégal s’indigne de la guerre car il a toujours adopté le choix des voies pacifiques dans un monde marqué par la conflictualité. Il lui revient de prendre cette position mesurée en considérant que la guerre reste une dernière option quand on aura épuisé toutes les voies diplomatiques. Toutefois, cette lancinante question de la paix au Moyen-Orient ne peut être réglée par les armes au regard de la complexité des enjeux et de l’émergence de nouveaux rapports de forces. La position du Sénégal est conforme à ses principes d’attachement à la souveraineté des États et de privilégier la négociation dans la recherche de la paix dans des situations de tensions ou de différends. Cela se justifie aussi par le fait que le Sénégal entretient de bons rapports avec les différents pays de cette région du monde.


