Établissement public à caractère administratif (EPA) doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière créé par la loi N°66-23 du 1er février 1966, le Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD) est au cœur d’une polémique qui va crescendo. En effet, des sources internes flétrissent avec énergie la signature de contrats pour la gestion des tickets restaurants des étudiants avec SYNAPSYS, une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) portée sur les fonts baptismaux en 2000 et spécialisée dans les services informatiques et la transformation numérique, et la fintech sénégalaise KPAY. Résultat des courses, l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP) s’est invitée dans ce dossier très loin d’avoir livré tous ses secrets.
Le campus social de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar a connu, récemment, 72h de journées sans tickets organisées par les étudiants, plus précisément les mercredi 2, jeudi 3 et vendredi 4 juillet 2025. Une affaire qui place, encore une fois, le Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD) au cœur d’une polémique aux multiples ramifications.
«Système enclenché sous Maguette Sène»
Sur les véritables raisons de cet énième mouvement d’humeur, une source proche du dossier confie : «La cause est l’innovation voulue par le COUD pour un contrôle plus stricte de l’accès des étudiants dans les restaurants universitaires par la mise en place d’un système électronique avec un boîtier. D’ailleurs, cela semble invraisemblable et incongru que des intellectuels refusent la modernité par une digitalisation des services des restaurants universitaires. Ce système, bien qu’enclenché sous la direction de Maguette Sène, n’a jamais eu l’accord des étudiants et les repreneurs encore moins. Son application, au-delà des insuffisances technologiques inhérentes à toute œuvre humaine, appelle aussi à des interrogations sur le respect de certaines règles de gestion surtout des entreprises publiques comme le COUD».
Quid des enjeux et des acteurs en scène ?
Mais, pour bien comprendre les enjeux de cette affaire, il faut aussi se faire une idée sur les acteurs en jeu. «Il s’agit bien sûr du COUD, de SYNAPSYS, une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), et de l’opérateur de paiements digitaux et numériques KPAY. Ils disent collaborer pour la transformation numérique des services aux étudiants, notamment dans le domaine de la restauration universitaire, en simplifiant l’accès aux restaurants universitaires via une solution digitale. Comme par malheur, les étudiants, ayant été toujours contre, n’ont pas attendu pour démonter les boîtiers le premier jour d’application de la mesure. Même si le système était hybride, c’est à dire que l’étudiant avait le choix entre charger son compte KPAY pour accéder par badge ou en présentant le ticket traditionnel imprimé, communément appelé ticket COUD», nous souffle-t-on.
La vraie raison du refus des étudiants
Alors, pourquoi les étudiants disent niet à cette mesure ? notre source répond : «Avec le nouveau système digitalisé l’étudiant ne peut plus accéder plus d’une fois dans un des restaurants universitaires. Dès lors qu’il a badgé, il est systématiquement répertorié dans la banque de données et ne pourra donc plus accéder une nouvelle fois aux restos. Vous comprenez que ça n’arrange pas des gens ayant l’habitude de se restaurer deux fois par repas. Leur réaction est un réflexe de défense, voire de survie, d’un acquis illégal. Le COUD dût donc se résoudre à accepter 3 journées sans ticket. Même à l’École Normale où il était accepté, le système a connu un bug, rendant du coup les boîtiers non fonctionnels».
Parfum d’entorse au Code des marchés…
Cependant, ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire KPAY » induit des interrogations toujours sans réponse. En effet, le COUD est un Établissement public à caractère administratif (EPA), doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, créé par la loi N°66-23 du 1er février 1966. Cela signifie que le COUD a toute la latitude pour conclure des contrats, posséder des biens, etc. Cette existence légale l’exclut-il alors du champ de la commande publique, en l’exonérant du champ des appels d’offres ? Assurément, non ! Alors, comment a-t-on pu choisir SYNAPSIS et KPAY ? Mystère et boule de gomme ! Cependant, ce qui ressemble fort à une entorse au Code des marchés n’est rien par rapport aux normes financières en règle dans un EPA. Le COUD étant doté d’un Agent Comptable Particulier (ACP), c’est à ce dernier qu’incombe la réception de toutes les entrées financières ainsi que l’apurement des factures. D’ailleurs, dans l’organigramme du COUD, les agents en charge de la vente des tickets font partie du service de la comptabilité.
Vous avez dit «évasion» de recettes ?
Curieusement, avec KPAY, ce sont des agents de cette structure qui gèrent le chargement des unités sur les téléphones des étudiants. Dès lors, croient savoir nos interlocuteurs, «il serait très intéressant de chercher à en savoir sur ce cas qui, s’il est avéré, n’est rien d’autre qu’un détournement d’objectifs et de deniers publics». Et de s’interroger : «Pourquoi KPAY fait gérer ses kiosques par ses propres agents ? Quelle est la responsabilité de l’ACP dans cette affaire ? Avec quels moyens parvient-il à suivre le flux financier drainé par le chargement des unités KPAY ? Les recettes sont-elles versées directement à l’ACP ? Voilà autant de questions qui méritent des éclaircissements. Les prestations fournies n’étant pas gratuites, qui en sait sur les termes des contrats les liant ? Cela étant, est-ce que les résultats attendus de la limitation des accès permettront le paiement des prestations de KPAY et SYNAPSYS ? En d’autres termes, le COUD gagne-t-il avec ce système ? Si oui quelle est l’étude qui le sous-tend ?».
Un scandale a-t-il été étouffé dans l’œuf ?
Comme dans l’’épisode du Service médical créé de toutes pièces au Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD), suite à la fermeture de l’hôpital Aristide Le Dantec, cette affaire de contrôle d’accès, qui implique KPAY et SYNAPSYS, est émaillée de flous qui méritent des éclaircissements de la part des autorités compétentes. Tout comme, nous signale-t-on, «cette affaire de trafic de tickets dans l’un des plus grands restaurants que les autorités ont étouffé, malgré leur courroux à l’endroit du gérant incriminé». Toutes choses qui font que l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP) s’est invitée, selon des sources dignes de foi, à maintes reprises dans ce feuilleton encore très loin de connaître son épilogue. Affaire à suivre…


