Le constat se passe de commentaire. Des indépendances, et même bien avant, à nos jours, Touba a toujours été une destination névralgique pour les hommes politiques sénégalais, offrant, du coup, un bel exemple de collaboration, voire d’osmose, entre le temporel et le spirituel.
Le ballet continu des hommes politiques, aussi bien du pouvoir que de l’opposition, sans parler des hommes d‘affaires et des diplomates, démontre, si besoin en est encore, la place de choix qu’occupe Touba au Sénégal. Mieux, rien de durable ne se fait au pays de la Téranga sans l’implication, d’autres diront la bénédiction, de celui qui incarne, pendant le moment en question, l’héritage de Serigne Touba et veille sur son Temple.
De Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké à Serigne Mountakha Mbacké Bassirou, en passant par Serigne Mouhamadoul Falilou Mbacké, Serigne Abdoul Ahad Mbacké, Serigne Abdou Khadre Mbacké, Serigne Saliou Mbacké, Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké Falilou et Serigne Sidy Makhtar Mbacké Bara, Touba a toujours été au cœur des pulsions politiques qui ont fait vibrer le Sénégal.

De la période post-indépendance à nos jours, il n’y a pas une seule crise politique au dénouement de laquelle la Cité de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul n’a pas joué un rôle décisif, voire capital. Ce qui est tout à fait normal, surtout quand on sait les relations profondes qui ont toujours existé entre les Khalifes de Serigne Touba et ceux qui ont été chargés de conduire nos destinées.
Il convient, à ce propos, de rappeler les relations empreintes de cordialité, à la limites filiales, entre Serigne Fallou Mbacké et le premier Président du Sénégal, en l’occurrence Léopold Sédar Senghor, que le deuxième Khalife de Bamba a couvé et accompagné jusqu’à son rappel à Dieu en 1968.

Son successeur, Serigne Abdoul Ahad Mbacké, marcha sur ses traces jusqu’à la démission du prédécesseur d’Abdou Diouf. Ce dernier bénéficia d’une rare protection de la part de Baye Lahad, décédé en 1989, qui appela à voter pour lui lors de l’élection présidentielle de 1988. Son bref successeur, Serigne Abdou Khadre Mbacké, par ailleurs marabout du principal opposant d’alors (Me Abdoulaye Wade), préserva les mêmes rapports avec toute la classe politique.
Avec Serigne Saliou Mbacké, dont le khalifat a coïncidé avec l’arrivée au pouvoir du Pape du Sopi, communément appelé le Président-Talibé qui a cassé tous les codes, les Sénégalais ont assisté à une refondation totale des relations entre le Palais et Touba. Me Abdoulaye Wade, iconoclaste dans l’âme, inaugura une nouvelle ère : un Président et l’ensemble de son gouvernement assis par terre pour recueillir les bénédictions du Khalife des Mourides.

Malgré les cris d’orfraie, Me Wade resta droit dans ses bottes et réitéra, à chaque fois que de besoin, son appartenance et son allégeance totale à la Mouridiya. C’est, sans doute, ce qui lui a valu la visite mémorable de Serigne Bara Mbacké Falilou au Palais, lors d’un mois sacré du Ramadan, où les nombreux convives triés sur le volet ont effectué, ce jour-là, la prière du crépuscule. Dès lors, il est tout à fait normal que Macky Sall, en rupture de ban avec Wade et l’Establishment libéral et menacé de représailles, rallie nuitamment Touba, avec un groupe de fidèles, pour chercher soutien, refuge et protection contre les faucons du camp de Wade qui voulaient lui faire la peau.
Arrivé au pouvoir, le patron de l’Alliance pour la République (APR) posa, à l’entame de son magistère, deux actes qui ont, malheureusement, brouillé totalement ses relations avec Touba : les incarcérations de Cheikh Béthio Thioune et Karim Wade. Malgré ses nombreux chantiers dans la ville sainte, notamment l’autoroute Ila Touba, Macky Sall n’a jamais vraiment brillé électoralement à Touba. Et les événements tragiques ayant marqué le Sénégal entre 2021 et 2024 ne lui ont pas facilité la tâche.

Depuis mars 2024, le tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko entretient les meilleures relations possibles avec Touba où le parti Pastef-Les Patriotes a obtenu ses meilleurs résultats à la présidentielle et aux législatives. C’est dire…


